§
« …le minéral sera complètement transformé, si bien qu'en fin de
compte, il n'y aura plus sur la Terre, aucun atome qui n'ait été travaillé par
l'homme. Autrefois, ces atomes se sont toujours plus consolidés, mais
maintenant ils se désagrègent de plus en plus. Autrefois la radioactivité
n'existait pas, c'est pourquoi on n'a pas pu la découvrir. Elle
n'existe que depuis quelques millénaires, parce que les atomes se désagrègent
maintenant de plus en plus. Lorsque la 4e ronde sera achevée, tout
le règne minéral sera passé par la main de l'homme. »
[Rudolf
Steiner, Éléments d'ésotérisme, GA 93a, 5 octobre 1905, Triades, p. 91]
§
« La physique sait aujourd’hui que le radium présent à la surface
de la Terre avant l'an 140 de notre ère est aujourd’hui disparu, il n'est plus
du radium. Le radium présent aujourd’hui ne s'est formé qu'après l'an 140
après Jésus-Christ… »
[Rudolf
Steiner, Antagonismes dans le développement de l'humanité. GA 197 – 30 juillet 1920 – p.152.]
Ces déclarations
sont inexactes encore une fois. La demi-vie du radium 226 (son isotope
majoritaire) est de +/-1620 ans. Cela signifie qu'après ce temps, il reste la
moitié de ce qu'on avait au départ. Dans le minerai d'uranium, même si une
partie de l'uranium, en passant pas des radionucléides secondaires, reforme la
moitié du radium, ce n'est que la moitié qui se désintègre en 1620 ans. L'autre
moitié a donc 1620 ans de plus, et en poursuivant le même processus, on peut
dire que dans le radium qui se trouve dans le minerai, une petite partie doit
avoir de nombreux milliers d'années. Si on prend un gramme de radium, dans 1620
ans il restera 1/2 gramme, dans 3240 ans, 1/4 gramme, et ainsi de suite.
Mais le radium
est un descendant apparaissant dans la chaîne de désintégration de l'uranium
238, qui a une période (demi-vie) de 4,468 milliards d'années. Ce qui signifie
que le radium se forme constamment depuis des milliards d'années, et se
désintègre aussi constamment, car la radioactivité existait déjà quand notre
système solaire s'est formé, comme elle existe partout dans l'univers.
Toutefois, l'uranium se désintègre beaucoup moins vite que le radium.
Dans la première citation, en gras, on lit une affirmation tout à fait
grotesque.
En réalité, si on n'a pas pu découvrir la radioactivité plus tôt ce
n'est pas parce qu'elle n'existait pas mais parce que sa découverte exigeait
d'avoir développé des moyens techniques et des connaissances qui n'existaient
pas autrefois !
Radioactivité et Mystère du Golgotha
Par ailleurs, le comte Ludwig Polzer-Hoditz (1869-1945), dans son livre
Erinerungen an Rudolf Steiner (« Souvenirs de Rudolf Steiner » – Dornach
1985) raconte que Rudolf et Marie Steiner séjournèrent dans son château
Tannbach près de Gutau en Autriche, du 7 au 11 juin 1918. Au cours d'une
promenade qu'ils firent avec leurs hôtes le 8 juin, Steiner aurait dit, au
moment où ils arrivaient à proximité d'une source, que celle-ci était
radioactive, et il aurait précisé que ce n'était le cas que depuis le Mystère
du Golgotha. Certains anthroposophes soucieux de l'image de leur maître idolâtré
prétendent que ce souvenir n'est pas confirmé, car Steiner connaissait trop
bien les sciences de son époque, disent-ils, qu'il n'aurait pas pu dire une
chose pareille, et que Polzer-Hoditz aurait mal compris Steiner. Somme toute,
les contorsions intellectuelles habituelles, pour défendre l'indéfendable.
Étant donné la citation du 5 octobre 1905, l'affirmation du Polzer-Hoditz est
parfaitement crédible. En outre, il ne faut pas perdre de vue l'intention du
propos de Steiner qui était bien de montrer que le Christ en s'incarnant avait
impulsé un processus de spiritualisation de la matière et donc de sa
désintégration. Ce qui me laisse penser que les textes qui nous sont parvenus
sont assez proches de ce que voulait dire Steiner.
Pour être plus précis, Steiner envisageait le développement humain en
deux phases. Une première phase était la descente de l'esprit dans la matière,
la seconde consistait à libérer l'esprit de la matière, de la respiritualiser. C'est
l'être spirituel du Christ qui était censé avoir après le Golgotha, être devenu
l'esprit directeur de la Terre, et qui initier le processus de sa
spiritualisation. Ainsi, l'affirmation que la radiactivité était apparue avec
le Christ ne faisait que conforter sa cosmogonie. C'est pour cette raison que
certains anthroposophes rejette la validité des datations radiométriques (comme
le carbone 14 qui sans doute la plus connue, quoiqu'il en existe de nombreuses
autres).
Cela gène d'ailleurs
assez considérablement les anthroposophes car les datations radiométriques
mettent à mal les datations de Steiner, lesquelles — il faut bien le dire — sont
souvent contradictoires, peu consistantes et même tout à fait fantaisistes
quand on examine de près ses déclarations. Lord Kelvin avait estimé l'âge de la
Terre (vers 1850) dans une fourchette allant de 24 et 400 millions d'années en
se basant sur le refroidissement de celle-ci par conduction thermique. Les
premiers essais de datation radiométrique se situent aux alentours de 1905 et
vers la fin des années 1910, les datations permettaient une estimation
raisonnable pour l'époque des âges géologiques. Ensuite les méthodes de
datation se sont diversifiées et sont devenues nettement plus précises. C'est
ainsi que l'âge de la Terre est estimé à 4,55 milliards d'années à 70 millions
d'années près, c'est-à-dire avec une précision de l'ordre du pourcent.
Dans le minerai, c'est
un peu plus compliqué, car intervient ce qu'on appelle l'équilibre séculaire dû
à la filiation radioactive. En faisant abstraction des descendants
intermédiaires, si on considère au départ une certaine quantité d'uranium 238,
suite aux désintégrations, on obtient après 1600 ans (en arrondissant), une
certaine quantité de radium disons 100 unités, mais durant ces 1600 ans le
radium s'est aussi désintégré pour moitié, donc il reste 50 unités. On a ainsi
successivement
100 ® 50
100 ® 50 + 50/2 = 75
100 ® 50 + 75/2 = 87,5
100 ® 50 + 87,5/2= 93,75
100 ® 50 + 93,75/2 =
96,88
100 ® 50 + 96,88/2 =
98,43
100 ® 50 + 98,43/2=99,22
100 ® 50 + 99,22/2 =
99,61 après 8 x 1600 ans
et ainsi de suite jusqu'à tendre vers 100 et à ce moment le rapport
uranium/radium restera sensiblement constant, c’est ce qu’on observe dans le
minerai. Ce qui signifie aussi que si la moitié du radium existant maintenant a
1600 ans, un quart a 3200 ans, un huitième 4800 ans, etc.
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